*** Vous permettez, Monsieur…

busterkeaton 2

(Buster K.)

Demander la permission, est une politesse acquise lors d’une éducation parentale standard. On dit « s’il vous plait » et « Merci » si la réponse et « oui ».

Demander l’autorisation est une démarche teintée d’une formalité quasi-administrative, officielle ou hiérarchique. Là, on ne dit pas « s’il vous plaît » ni « Merci », on met les formes, souvent par courrier, avec des « je sollicite votre bienveillance », « recevez mes plus cordiales, sincères, respectueuses et distinguées salutations ». Et on attend, fébrile, la réponse qui changera notre vie (ou quelque comme chose comme ça).

Curieusement, il est mal vu, voir défendu de demander ce que l’on veut de manière directe. Le plus bel exemple revient aux enfants. Quand un bambin déclare « Je veux du chocolat ! » quelle est la réaction la plus classique ? On se fâche légèrement, on fait les gros yeux et la sentence tombe :

Au mieux : « dis-donc ? C’est comme ça qu’on demande quelque chose ? Qu’est-ce qu’on dit ? » Et le petit d’ajouter d’une voix timide « S’il te plaît », et l’adulte, dans sa grande mansuétude, de lui tendre quelques carrés en ajoutant « qu’est-ce qu’on dit ? » « Merci ». Disons que, ça c’est de l’éducation.

Maintenant, l’alternative beaucoup plus sévère : « Dis-donc ? On ne demande pas ! Puisque tu as réclamé, tu n’auras rien ! Non mais dis-donc ! » Et ça, c’est de la domestication, du dressage, une mise sous dépendance.

Et là, moi, je me glace. Mais enfin ! Comment avoir ce qu’on veut si on nous interdit de le demander ? Comment savoir ensuite à quoi on a droit ou non, s’il est défendu de le formuler ?

Prenons un exemple dans la nature. Une femelle oiseau quand elle revient au nid, le bec débordant de lombrics pour ses petits affamés qui piaillent, on ne la voit pas faire abus d’autorité en attendant qu’ils se taisent, cessent de réclamer, pour les nourrir. Non. Elle glisse les vers dans les blancs becs et s’en retournent chasser. Sans compter qu’un petit qui ne montrerait pas de signe de faim, serait considéré comme malade et certainement évincé au profit des plus forts.

Alors pourquoi refreiner nos petits à nous, qui émettent simplement leurs besoins et leurs envies ? (Je ne parle pas ici du caprice insupportable !) Bien sûr, la politesse est un plus indispensable, mais ce n’est pas le propos.

En étant formaté si jeune à ne pas demander ce qu’on veut, cela nous pousse à user de demandes symbiotiques et hypocrites du genre :
Enfant au rayon jouet : « Oh des Playmobiles, moi, j’adore les Playmobiles, en plus l’Indien je l’ai pas ! » = « S’il te plaît, tu veux bien m’acheter le Playmobile Indien, je l’ai pas et j’aimerais beaucoup l’avoir celui-là. »

Adulte : « Mmmh, ça sent le bon café ici ! » = Je peux avoir une tasse de café s’il vous plait. OU : Hou il fait froid chez vous ! = J’ai froid, on peut fermer la fenêtre s’il vous plaît ?

Tout ça fait de nous des adultes atrophiés, qui ont perdu la capacité simple de savoir ce que l’on veut et le faire savoir. C’est mal ! Cela ne se fait pas ! D’ailleurs quand une personne rompt les codes et fait une demande directe, on se braque, on se dit que vraiment, elle est gênée ! Mais au final, elle obtient souvent gain de cause.

Voilà pourquoi, aujourd’hui j’ose passer de l’autre côté ! Je rejoins le camp des « audacieux pas gênés », car après tout, le pire que je risque c’est un refus. Et alors ? Je suis parée à la frustration. Quand on pense que même dans la Bible, il est dit « demandez et vous recevrez », ce serait dommage de s’en priver !

La vie se donne sans conditions. Elle est là, vibrante et généreuse et elle ne demande qu’à être saisie et embrassée sans modération.

Vivre donc.

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Auteur : lucia lupa

SIGNE PARTICULIER : NEE FEMME

2 réflexions sur « *** Vous permettez, Monsieur… »

  1. C’est drôle ça, parce que je me suis aperçu la semaine dernière qu’il y avait des « codes » que je ne décodais pas… Ce serait sans conséquence si je n’avais bientôt 45 ans… voici un exemple dont j’essaye de retranscrire les propos. On regarde les livres en expo dans une librairie avec mon autre moi et je lui dis : « oh, le trône de fer en recueil, c’est chouette ça !  » et elle me dit, tu le veux ? Je lui réponds : « non, pourquoi ? » Elle : « parce que tu le demandes ! « . Moi : « non, j’ai juste dit que c’est chouette, si j’avais voulu l’avoir, 1) je me le serai acheté sans demander à quiconque ou bien 2) je te l’aurais demandé !  » Et la discussion de continuer sur le sujet selon lequel les sous-entendus sont un mode de communication fréquent. Et là 2 réactions de ma part : la première : je me dis que j’ai dû rater beaucoup de choses et faire des grosses boulettes… La deuxième, que moi, je ne fais pas de sous-entendus ! Quand je dis oui, cela ne signifie pas peut-être, si je veux un pull marron, cela ne veut pas dire que je le souhaite vert en réalité…. Non, je dis ce que je crois (pas ce que je pense, ça, ça fait longtemps que j’ai compris qu’il ne fallait pas le faire ; ) ) et je ne sous-entends jamais rien. C’est aussi la raison pour laquelle je ne dis pas qu’un bébé est moche si je le trouve moche mais je ne dis pas non plus qu’il est beau pour faire plaisir… Je me contente de demander comment s’est passé l’accouchement et d’ailleurs le beau temps revient et pis sinon ça va ? Oui, vous l’avez compris, je suis honnête et franc mais je ne sais pas pourquoi, certains pensent que c’est faux-cul et lâche…. Allez comprendre ! ; )

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